Portrait d’un jury exceptionnel
Propos recueillis et mis en forme par Lucie Renaud

Quelques heures à peine avant le début officiel du CMIM, nous avons rejoint Joseph Rouleau, dont les interprétations, particulièrement des rôles de Boris Godounov, Philippe II et Mephistopheles ont été louées partout dans le monde, qui nous a tracé un portrait informel du jury de cette édition 2005.

« Maintenant que la composition du jury est connu, je peux vous maintenant vous révéler que Dame Joan Sutherland et Teresa Stratas m’avait assuré de leur présence mais que, malheureusement, des problèmes de santé les ont empêchées de se joindre au jury de cette édition du CMIM.

La semaine dernière, nous apprenions que M. Berger, le directeur du Volksoper de Vienne, ne pouvait être parmi nous, alors nous l’avons remplacé par le magnifique baryton Eduardo del Campo et je suis très content car c’est un homme très compétent.

J’ai chanté avec Carlo Bergonzi à Nice, dans Aida. Bien sûr, je ne chantais pas Aida mais Ramfis (rires)! C’est un chanteur que tout le monde connaît, son surnom est « le prince des ténors ». C’était un chanteur qui avait une technique hors pair de ténor et un style exceptionnel, pour l’opéra italien en particulier. C’est un très grand nom. J’étais très content de pouvoir le convaincre de venir.

Dame Gwyneth Jones est une grande amie, avec qui j’ai beaucoup chanté, d’abord au Covent Garden. On faisait une nouvelle production de Il Trovatore, sous la direction de Carlo Maria Giulini et mis en scène par Visconti. C’était Leontyne Price qui devait chanter Leonora et malheureusement elle était malade. On a proposé le nom de Gwyneth Jones qui n’avait jamais chanté Il Trovatore, une jeune soprano. Elle a remplacé Leontyne Price et a connu un succès absolument phénoménal. Elle a conquis le monde en un soir. C’est une femme avec une très belle personnalité et qui a fait une carrière extraordinaire.

J’ai chanté avec un autre de mes collègues et ami, Tom Krause, à l’Opéra de Paris. C’est un magnifique baryton, un artiste qui a fait beaucoup de récital, qui était un très bel artiste et qui, soit dit en passant, pour la petite histoire, s’est marié avec une Québécoise, de Drummondville.

Une autre de mes amies, avec laquelle j’ai beaucoup chanté est Shirley Verrett, une chanteuse magnifique. Elle a chanté, un peu comme Grace Bumbry, des rôles de soprano et de mezzo-soprano. La dernière chose que j’aie fait avec Shirley, c’est le vidéo de L’Africaine de Meyerbeer à l’Opéra de San Francisco avec Placido Domingo. Shirley chantait le rôle principal. Quand j’ai fait mes débuts dans Don Carlo et que je chantais l’Inquisiteur, c’était Shirley qui chantait Eboli. Nous avons chanté beaucoup de représentations d’Aïda ensemble, c’est une merveilleuse artiste.

L’autre membre du jury est le grand chef d’orchestre Mario Bernardi, que j’étais très content d’inviter. Il y a également mon ami André Bourbeau qui est président du jury mais qui n’a pas le droit de vote et qui se contentera d’additionner les notes et garder l’ordre (rires)!

C’est une tâche difficile d’être membre d’un jury, cela demande beaucoup de responsabilités, même si nous connaissons très bien le répertoire. Le choix que nous ferons des lauréats peut être capital pour le reste de leur vie. Quand on pense au premier Concours, la lauréate du Premier Grand Prix, Measha Brueggergosman, fait depuis ce temps-là une carrière extraordinaire. Le jury ne s’était pas trompé et cela, c’est encourageant en tant que membre du jury!

Nous rechercherons la musicalité, la voix, la justesse, l’artiste complet. Il y a une grande différence entre être un chanteur et être un artiste. L’artiste est la personne qui fait vibrer, qui fait lever les foules, tandis que le chanteur va peut-être plus souvent asseoir les gens. Il faut convaincre par la beauté.»

Retour à la section Entrevues