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Sin Nyung Hwang : constance et ténacité
C’est anéantie par l’intensité de l’émotion que Sin Nyung Hwang est apparue
sur scène tard mercredi soir pour recevoir le Premier Grand Prix du Concours
Musical International de Montréal 2005. Celle qui avait offert en
demi-finale un récital qualifié d’exceptionnel par plusieurs des fervents
mélomanes présents en salle et qui avait démontré un aplomb remarquable dès
les premiers instants de la finale ne pensait pas se voir remettre ce prix
tant convoité. Elle l’espérait, elle hésitait, saisie de doutes. « Ce prix,
ce n’est pas pour moi », mentionnait-elle encore aux membres de sa famille
d’accueil sur le chemin du retour, en fin de soirée. Le lendemain de
l’annonce, après avoir effectué une longue marche dans le quartier qui
l’abrite pour la durée du Concours, histoire de saisir la portée de cette
victoire, elle confie qu’à l’arrière-scène, alors qu’elle se trouvait massée
avec les autres candidats, elle était la seule à ne pas pleurer. À l’annonce
de son nom, la déferlante l’a saisie d’un coup et a brouillé tous ses
repères.
Sin Nyung Hwang n’en est pourtant pas à ses premières armes dans l’arène des
concours internationaux. Elle a en effet remporté le 2e prix au Concours
international Valsesia Viotti en 1998, le 2e prix au Concours international
de Genève en 2000, le 1er prix au Concours de chant d’Arles en 2003, le 2e
prix au Concours international de chant de Marseille la même année et le1er
prix au Concours international Spiros Argiris à Sarzana (Italie) l’année
dernière. Déjà finaliste de la première édition du Concours en 2002, elle
avait longuement mûri la décision de tenter de nouveau l’expérience en sol
montréalais. « Dans la vie, vous ne devez jamais abandonner. C’est pourquoi
je suis de retour ! », devait-elle écrire de façon quasi-prophétique en
réponse à l’une des questions informelles auxquelles elle avait accepté de
répondre pour notre site Internet. Dès ce fameux soir de juin 2002 qui avait
vu la consécration de Measha Brueggergosman, Sin Nyung Hwang a su qu’elle
reviendrait : « La première fois, je n’étais pas sûre de moi. Techniquement,
musicalement, je n’avais pas vraiment assez mûri. Déjà à cet instant, je me
suis dit que je voudrais bien travailler et participer de nouveau. »
Tout comme l’infatigable et acharnée Maria Callas, son idole de toujours – «
Elle est unique car elle possède tout! » –, Sin Nyung s’est entièrement
plongée dans son art. « Elle s’est littéralement cloîtrée pour travailler »
devait mentionner M. Ventura, son hôte pour la durée du Concours. Le travail
acharné a certes porté fruit. « Quand je chante, je ne pense pas au jury ou
au public. Quand je chante Lucia di Lammermoor, je ne peux pas être Lucia,
mais je peux interpréter ce rôle. J’ai besoin de toute ma concentration pour
démontrer la beauté de la musique » explique-t-elle quand on lui demande
d’évoquer les impressions qui l’ont accompagnée sur scène. Elle avoue tout
de même avoir ressenti un moment où le temps suspend son vol, « d’extase »,
lors de son interprétation de « Ah ! se una volta sola » de La Sonnambula de
Bellini.
Sa famille d’accueil pour la durée du concours, subjuguée par sa voix, mais
surtout par sa chaleur humaine, ne tarissait pas d’éloges quelques minutes à
peine après l’annonce des résultats. Pour eux, quoi qu’il arrive, elle était
la grande gagnante et ce, dès les premiers instants de leur rencontre. «
Elle s’est jetée à mon cou dès qu’elle m’a vu à l’aéroport », racontait M.
Ventura, visiblement ému, convaincu que le nom de Sin Nyung Hwang, « un
rayon de soleil incroyable », ne pouvait que se retrouver parmi les derniers
nommés. Il mentionne également le profond attachement de la chanteuse pour
les membres de sa propre famille (dont deux pratiquent les arts à un haut
niveau), son appréciation des petits gestes d’attention au quotidien et son
attachante personnalité. « Je ne fais pas confiance à la gloire » disait
Maria Callas. Une fois les larmes d’émotion taries, sans hésitation, Sin
Nyung Hwang se remettra à travailler, sans férir, pour transmettre les
beautés du répertoire. Aujourd’hui Montréal, demain le monde.
Lucie Renaud
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